Emmanuel Deraps
Lauréat du prix Émile-Nelligan
Commentaire du jury lu, par Laurence Veilleux, présidente
Finalistes du prix Émile-Nelligan
Élise Denis est poète, artiste visuelle et chercheuse, établie entre le Kamouraska et Montréal. Cofondatrice du collectif artistique L’AN IN, elle codirige depuis 2020 une exposition du même nom au Bas-Saint-Laurent. Sa pratique croise vidéopoésie, arts visuels et écriture. Élise Denis explore les points de jonction — et de résistance — entre le corps et le papier, l’image et le mot. Elle a participé à plusieurs ouvrages collectifs québécois et contribue activement à des revues culturelles et scientifiques, où elle mêle création et réflexion critique. Avant de se consacrer à l’écriture, elle a pratiqué le modèle vivant, une expérience marquante à l’origine de son premier recueil de poésie, Aux charognes (2025), paru au Noroît dans la collection initiale. Élise Denis vient tout juste de faire paraître le roman Écrire le scénario aux Éditions de la Maison en feu (2026).
Commentaire du jury

Aux charognes,
Le Noroît, 2025
Se donner à voir n’est jamais un geste neutre. Aux charognes procède à la déconstruction de la place du modèle dans l’atelier de l’artiste. Ici, poser n’est pas soumission, mais acte de rébellion. Solidaire, la poète déclare « j’abrite autant de nues que de saintes, en moi elles vocifèrent ». Les poèmes deviennent des espaces de tension brouillant la frontière entre objet et sujet. Au fil des séances, la poète rejoue la relation de pouvoir inhérente à l’acte de poser. Cette instabilité empêche toute lecture univoque. Aux charognes offre une véritable leçon d’anatomie qui dissèque les mécanismes du regard. Le portrait est conçu comme geste politique où chaque trait esquissé relève d’une décision formelle exigeante. Tout aussi exigeante est l’écriture de ce premier recueil sculpté au couteau.
Colette Zouvi est écrivaine. Elle est l’autrice des livres de poésie La ville inquiète (2018), Chant d’obstacles (2021) et L’herbe clochette (2025), parus aux éditions Poètes de brousse. Traductrice du catalan, elle a fait paraître en 2025 La part du feu de Pol Guasch aux éditions du Noroît. Elle a également codirigé Les désordres de la création (Poètes de brousse, 2025), un recueil de textes consacré à la recherche-création.
Commentaire du jury

L’herbe clochette, Poètes de brousse, 2025
Le jardin extravagant de la poète Colette Zouvi s’inscrit dans un imaginaire végétal et féérique qui s’ouvre comme un espace de création inédit qui surprend par son format, sa liberté et son ludisme d’une rafraichissante insolence. Appelée à se déployer, la dimension poétique du vivant — incarnée dans les fées, plantes, pierres — se tient à la lisière du rite et de l’enchantement en créant un langage audacieux à la musicalité virevoltante. « Notre imagination trace de branche en branche », écrit la jardinière-poète dans son carnet d’émerveillement illustré où la nature rebelle dicte ses rythmes magiques et excessifs aux poèmes qui se déploient sous nos yeux. Les figures végétales deviennent sujets, modifient la parole, la rendent instable. Cette exigence formelle relève d’un travail rigoureux suivant l’imprévisibilité du vivant.




