Fondation
Émile-Nelligan

Emmanuel Deraps

Lauréat du prix Émile-Nelligan

Emmanuel Deraps,
dans l’intime duvet de la disparition,
Poètes de brousse
2025
© Photo | Robert EtcheverryEmmanuel Deraps est né en 1993 à Montréal où il vit toujours. Élevé par les scènes de micro-ouvert des années 2010, il travaille depuis quelques années en édition scolaire. Outre des publications en revue, il a publié la fonte (Éditions de l’Écrou, 2015), failure (Del Busso Éditeur, 2019), faussaire fauve (L’Hexagone, 2019), et, plus récemment, dans l’intime duvet de la disparition (Poètes de brousse, 2025).

Commentaire du jury lu, par Laurence Veilleux, présidente

dans l’intime duvet de la disparition, Poètes de brousse, 2025

Emmanuel Deraps livre un puissant témoignage sur le deuil dans ce recueil d’une facture classique, refusant toute posture lyrique excessive. S’inscrivant dans une longue lignée de poètes qui interrogent ce sujet, le fils écrit sur le père, se remémore et déconstruit sa vie en images héritées, corrompues par la douleur. « Quand le père devient bataille perdue », écrit le poète, une voix persiste comme une présence dans ce qui lui a été refusé. Le legs paternel se transmet en une série de moments charnels et perceptifs qui se consument en même temps qu’ils se formulent. L’intime révèle, mais ne trahit pas la peine en la rendant supportable. Au contraire, le poète maintient cette tension avec le corps et son empreinte. C’est précisément le refus de toute consolation qui confère à ce recueil sa force singulière, où chaque poème est un joyau sombre finement taillé, un soleil noir autour duquel la lectrice et le lecteur sont pris en orbite.

Finalistes du prix Émile-Nelligan

Élyse Denis

Élyse Denis,
Aux charognes,
Le Noroît,
2025

© Photo | Robert Etcheverry

Élise Denis

Colette Zouvi,
L’herbe clochette,
Poètes de brousse,
2025

© Photo | Robert Etcheverry

Élise Denis est poète, artiste visuelle et chercheuse, établie entre le Kamouraska et Montréal. Cofondatrice du collectif artistique L’AN IN, elle codirige depuis 2020 une exposition du même nom au Bas-Saint-Laurent. Sa pratique croise vidéopoésie, arts visuels et écriture. Élise Denis explore les points de jonction — et de résistance — entre le corps et le papier, l’image et le mot. Elle a participé à plusieurs ouvrages collectifs québécois et contribue activement à des revues culturelles et scientifiques, où elle mêle création et réflexion critique. Avant de se consacrer à l’écriture, elle a pratiqué le modèle vivant, une expérience marquante à l’origine de son premier recueil de poésie, Aux charognes (2025), paru au Noroît dans la collection initiale. Élise Denis vient tout juste de faire paraître le roman Écrire le scénario aux Éditions de la Maison en feu (2026).

Commentaire du jury

Aux charognes d'Élise Denis

Aux charognes,
Le Noroît, 2025
Se donner à voir n’est jamais un geste neutre. Aux charognes procède à la déconstruction de la place du modèle dans l’atelier de l’artiste. Ici, poser n’est pas soumission, mais acte de rébellion. Solidaire, la poète déclare « j’abrite autant de nues que de saintes, en moi elles vocifèrent ». Les poèmes deviennent des espaces de tension brouillant la frontière entre objet et sujet. Au fil des séances, la poète rejoue la relation de pouvoir inhérente à l’acte de poser. Cette instabilité empêche toute lecture univoque. Aux charognes offre une véritable leçon d’anatomie qui dissèque les mécanismes du regard. Le portrait est conçu comme geste politique où chaque trait esquissé relève d’une décision formelle exigeante. Tout aussi exigeante est l’écriture de ce premier recueil sculpté au couteau.

Colette Zouvi est écrivaine. Elle est l’autrice des livres de poésie La ville inquiète (2018), Chant d’obstacles (2021) et L’herbe clochette (2025), parus aux éditions Poètes de brousse. Traductrice du catalan, elle a fait paraître en 2025 La part du feu de Pol Guasch aux éditions du Noroît. Elle a également codirigé Les désordres de la création (Poètes de brousse, 2025), un recueil de textes consacré à la recherche-création.

Commentaire du jury

L'herbe clochette de Colette Zouvi

L’herbe clochette, Poètes de brousse, 2025

Le jardin extravagant de la poète Colette Zouvi s’inscrit dans un imaginaire végétal et féérique qui s’ouvre comme un espace de création inédit qui surprend par son format, sa liberté et son ludisme d’une rafraichissante insolence. Appelée à se déployer, la dimension poétique du vivant — incarnée dans les fées, plantes, pierres — se tient à la lisière du rite et de l’enchantement en créant un langage audacieux à la musicalité virevoltante. « Notre imagination trace de branche en branche », écrit la jardinière-poète dans son carnet d’émerveillement illustré où la nature rebelle dicte ses rythmes magiques et excessifs aux poèmes qui se déploient sous nos yeux. Les figures végétales deviennent sujets, modifient la parole, la rendent instable. Cette exigence formelle relève d’un travail rigoureux suivant l’imprévisibilité du vivant.

 

JURY 2025                 COMMUNIQUÉ DE PRESSE            LAURÉAT⋅E⋅S

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