Éloge du lauréat du prix Émile-Nelligan 2003

par François Charron, président du jury

Incursion dans le territoire du rêve et de l'attente, Parle seul est une œuvre qui vibre autour d'une perte affranchie de tout sens. Sur le sol où l'être devient musique, il y a cet espace en train de naître qui bouleverse les images que nous avons du monde, du temps, de la mémoire, de nous-mêmes.

Ici où là, entre guerre et sommeil, la solitude d'un garçon qui se dédouble, d'un explorateur qui nous met en marge des communions révolues et des confusions archaïques. Peintre des mots, ce garçon nous indique le vide de la fenêtre qui s'ouvre, l'échange sans fin possible et impossible, la présence à distance qui interroge la nécessité de croire, d'appartenir. Aux limites du langage, le garçon toujours en fuite entre en résonnance avec un pays qui a pour nom terre, ciel, mer, immensité; un pays où, pour un rien, nous sommes infailliblement ramenés; un pays d'origine aérée aux abords du souffle, fragile matière des souvenirs qui s'effacent en nous laissant entrevoir le passage où vivre est un changement sans retour.

Pense, découvre, observe, dessine, médite, parle, autant d'impératifs par lesquels Jean-Simon DesRochers se dégage des chemins habituels pour nous faire entendre l'énigme d'une intériorité brûlante dans son absolue légèreté.