Finaliste du prix Émile-Nelligan 2010
Frédéric Marcotte Photo © Robert Etcheverry

Communiqué de presse

Les membres du jury



Frédéric Marcotte,
Évangile,
Les Herbes rouges
2010

Frédéric Marcotte est né à Montréal le 3 août 1975. Il grandit à LaSalle, Saint-Jean-Baptiste et Anjou. Il commence à écrire à 18 ans après avoir lu Rimbaud. Il garde une affection particulière pour les classiques. Au moment d’entreprendre le bac, des difficultés financières l’obligent à aller sur le marché du travail trop tôt et sans formation. Jusqu’en 2008, il travaille de façon précaire et continue de lire et d’écrire sans ambition, malgré un séjour à l’Université Laval qui avait confirmé sa passion en 1998. C’est en faisant le ménage dans ses papiers qu’il se rend compte qu’il a dans les mains une somme considérable de poèmes et d’écrits. Mais depuis quelques années, il s’amuse à écrire des poèmes à forme fixe, ce dont personne ne veut, alors qu’il avait toujours écrit en prose. En janvier 2009, il entreprend un long projet en prose poétique qui deviendra Évangile, publié aux Herbes rouges en août 2010. Il étudie présentement en études littéraires à l’UQAM.

Commentaire du jury par Denise Brassard, présidente

Évangile

Formulant le projet démiurgique
de « s’absenter pour tout incarner », ce recueil propose une odyssée dans l’espace et le temps. Un infatigable marcheur, vagabond sans âge, marginal qu’illumine sa blessure, remonte les siècles jusqu’à l’aube de l’humanité et brouille tout au passage: événements, époques, personnages, mythes. Dans ce séjour aux enfers, de multiples identités se croisent, se télescopent et se transforment, proposant une relecture de l’histoire universelle : anachronisme y est synonyme de Jouvence. Dans une prose hallucinatoire, qui le place en filiation avec les Lautréamont, Rimbaud, Desnos, Frédéric Marcotte ajoute à l’exigence de la disparition celle de prendre sur soi l’ignorance, la faiblesse, la souffrance de l’humanité. Une fois acquise la certitude que « le mal vient du bien », il pousse le cycle jusqu’à ce qu’à nouveau le bien sourde du mal. Le corps devenu lieu de destruction, théâtre de l’apocalypse peut seul ranimer la foi et lutter contre le désespoir. En faisant de l’accueil de la mort et de la dépossession des conditions de la présence, ce livre, remarquable par son érudition et les qualités de sa construction, oppose une farouche résistance à l’individualisme et au cynisme ambiants.