Éloge du lauréat du prix Émile-Nelligan 2009

par Pierre Nepveu, président du jury

François Turcot,
Cette maison n'est pas la mienne, La Peuplade
.

Le livre de François Turcot se caractérise d’abord par l’originalité de son architecture : plus qu’un recueil, il s’agit là d’un projet où se déploie une
quête archéologique nourrie de photographies anciennes et de bribes de
textes retrouvés. Sur la toile de fond d‘une lointaine immigration irlandaise
en Amérique, ce livre ne cesse d’inviter le regard à la rencontre d’un réel
vacillant et pourtant très concret. Au centre : une maison détruite et
reconstruite, dont subsistent des images, des objets, une table, et les
habitants fantomatiques – véritable théâtre d’une existence incertaine.
Dans des formes très diverses allant du poème narratif au fragment lyrique,
ce livre pénètre ainsi dans le mystère de la mémoire et des générations, de
la présence et de l’absence, et l’univers intime qu’il fait ainsi ressurgir d’une
envoûtante étrangeté, teintée d’abstraction. D’une sensibilité singulière et
d’une belle fermeté d’écriture, Cette maison n’est pas la mienne donne à
entendre un ton neuf dans la poésie québécoise actuelle.